mardi 17 avril 2012

Libération

John Cheever a écrit des merveilles, dont ce texte fait partie et libère la collecteuse que je suis de beaucoup de scrupules lorsqu'elle se saisit de son balai. Il s'agit de la fin de l'une de ses plus belles nouvelles, parue dans "L'Ange sur le pont", qui raconte ce qui lui prend à son retour des funérailles d'une vieille dame de sa famille : 

Quand nous arrivâmes à la maison, je saisis la pièce de vaisselle en verre céladon -un héritage de tante Mildred- qui trônait sur le buffet, et je la réduisis en miettes à l'aide d'un marteau. Puis je jetai la boîte à couture de Grand-mère dans le poêle, brûlai un large trou dans sa nappe de dentelle et enterrai son pot en étain dans le jardin. Hors de ma vue, pièces de monnaie romaines, hippocampe de Venise et éventail ! Nous ne pouvons chérir que notre compréhension obscure de la mort et l'amour bouleversant de ce qui nous pousse les uns vers les autres. A bas la chouette empaillée trônant sur le palier de l'étage et la statue d'Hermès juchée sur le pilastre de l'escalier ! Au clou le collier de rubis, à la corbeille l'invitation à Buckingham Palace, sautons à pieds joints sur le vaporisateur de parfum de Murano et les assiettes à poissons de Canton ! Refusons ce qui nous importune et contrarie nos desseins, que ce soit dans le sommeil ou l'éveil. Pureté et bravoure seront nos mots d'ordre. Il n'en faudra pas moins pour nous permettre d'échapper à la vigilance des sentinelles armées et franchir la crête des montagnes. 

Après lecture et digestion, inspectez votre petit chez-vous et laissez-vous aller ! 

Signé :
Circulaçìon


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